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Voici le 4ème extrait du Tao Tö king, toujours de la même source (nous vous rappellons que le livre était paru chez « Tredaniel » et que cela vaut le coup de vous le procurer bien qu’il soit peut-être épuisé)

 


4

 

 

La Voie est vide ; malgré son emploi elle ne se remplit jamais.

Qu’elle est insondable, comme l’aïeule des dix mille êtres !

Qu’elle est profonde, comme demeurant toujours ! Engendrée par je ne sais qui, elle est l’image de ce qui fut avant les « Empereurs ».

 

(autre traduction du même passage)

 

Le Tao est le vide, mais le vide est inépuisable. C’est un abîme vertigineux et insondable. De lui sont sortis tous ceux qui vivent.

Eternellement, il émousse ce qui est aigu, dénoue le fil des existences, fait jaillir la lumière. Du rien il crée toute chose. Sa pureté est indicible. Il n’a pas de commencement. Il est.

Nul ne l’a engendré. Il était déjà là quand naquit le maître du ciel.

 





 

Commentaire de Duyvendak


« Dix mille êtres » dans le texte traditionnel est suivi par la phrase : « Elle émousse ce qui est aigu, elle débrouille ce qui est emmêlé, elle tamise ce qui est lumineux, elle égalise ses traces », ce qui est dédoublement d’un passage du chapitre LVI. Je l’ai omise ici, parce qu’elle me semble troubler le sens et qu’originellement elle n’avait pas de commentaire dans le présent chapitre. Il est peu probable que la même phrase ait été répétée deux fois dans un texte aussi bref que le Tao‑tö‑king. Pour le sixième signe houo « peut‑être », je lis, avec une vieille inscription des T’ang, le caractère kiou « longtemps », qui dans sa forme ancienne lui ressemble beaucoup. Voir aussi mes notes sur VI. Je fais de même quelques lignes plus loin, où je traduis « demeurant toujours ». Aucun des commentateurs ne paraît avoir songé à cette dernière correction, qui est pourtant évidente. Bien que cette leçon n’ait pas été transmise, une inscription des T’ang lit, dans le second cas, tch’ang « constamment », ce qui est une explication de kiou. Dans le premier cas, avec une négation, je traduis « jamais ».


Ce chapitre est très difficile. Le mot tch’ong se dit, d’une part, de l’eau jaillissante ; d’autre part, dans le texte du Tao‑tö-king, il est généralement expliqué comme signifiant « vide ». L’image paraît être celle d’un vase qui ne se remplit jamais (voir aussi XLV), qui peut donc tout contenir ; elle s’étend ensuite à l’idée de la profondeur insondable où tous les phénomènes se réalisent. Le mot tsong, rendu ici par « aïeule », implique en même temps l’idée de « règle que l’on suit, principe compréhensif » (voir aussi LXX).


La dernière phrase est une vraie énigme. Après : « Qu’elle est profonde » (correspondant à : « Qu’elle est insondable »), on s’attendrait à une phrase qui correspondrait à : « Comme l’aïeule des dix mille êtres ». Le parallélisme entre ces deux phrases devient d’autant plus saisissant par l’omission du passage critiqué plus haut : « Elle émousse ». etc. C’est toujours la Voie qui est le sujet. Ce que je rends par « engendrée » est le mot tseu, généralement traduit par « fils ». Toutefois, comme je l’ai démontré ailleurs (T’oung Pao, XXXVIII, 334‑337),le mot peut aussi être employé comme verbe, dans le sens d’ « engendrer ». Bien que la construction lui donne la valeur d’un substantif (pour autant qu’en chinois on peut se servir d’un tel terme grammatical), c’est certainement à ce sens plus général qu’il faut songer, et une telle interprétation amoindrit la difficulté d’une personnification inouïe (et peu chinoise) de la Voie comme « fils », qui a toujours été un pro­blème. Il peut y avoir aussi une allusion au Yi-king, le Livre des Mutations (voir plus bas, mes notes sur LII), où, dans les Huit Trigrammes, les dix mille êtres sont représentés comme des « enfants » du ciel et de la terre. On constate que la Voie n’est pas un des dix mille êtres. A comparer aussi Houai-nan‑tseu I, 11b : « Le Sans‑forme est le grand ancêtre des choses (matérielles), le Sans‑son est le grand aïeul des sons. Son fils est la lumière, son petit‑flls est l’eau ; tous les deux sont issus du Sans‑forme. »


Le mot siang « image, réflexion » est un mot‑clef du Livre des Mutations et se rencontre dans le Tao‑tö-king, XIV, XXI, XXV et XLI. Ici il est pris dans un emploi verbal : « être l’image ».


« Ce qui fut avant les « Empereurs », correspond à « l’aïeule des dix mille êtres ». C’est le mot ti que je rends par « Empereurs ». Le mot « Empereur » doit être pris dans

zhuangziicone un sens mythologique, tel qu’il figure dans Chang‑ti « l’Empereur d’en haut », Hoang‑ti « l’Empereur jaune », etc. Je le prends au pluriel plutôt qu’au singulier. Le sens paraît bien être que la Voie est antérieure à tout.




 


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