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Des cadeaux en chine : traité de politesse du père Simon Kiong

ou « mouton vivant et porc en morceaux »

Imprimerie de la Mission catholique, orphelinat de T’ou-sé-wé, Chang-hai, 1906




1.  On peut faire les cadeaux à n’importe quelle époque de l’année, et pour une foule de raisons, mais tout spécialement : 1° à la fin de l’année nien-li ; 2° pour féliciter quelqu’un à l’anniversaire de sa naissance ; 3° dans la circonstance des funérailles d’un person­nage auquel on doit le respect.


2. Pour faire un cadeau un peu convenable, il faut tout au moins quatre espèces d’objets. Un pot de vin et un jambon ou une cuisse de porc frais y figurent presque toujours ; on offre de même, entre autres choses, une certaine quantité de vermicelle cheou-mien, pour le cadeau de l’anniversaire de naissance cheou-li [1]. Poulets, canards, poissons, fruits, encre, pinceaux, papier à lettre, pièces de soie et une foule d’autres objets peuvent être offerts. Les moutons peuvent être amenés vivants ; il n’en est pas de même pour les porcs, dont on n’offre d’ordinaire qu’une partie. On met tous ces objets, si la chose peut se faire, dans un ou deux t’iao-siang (Pl. XXXIII.).



cadeau


Pl. XXXIII. — Cartes, serviette, plateau pour contenir les cadeaux, etc..

 


Avant d’envoyer le cadeau, on doit faire une liste de tous les objets li-tan : on les écrit verticalement, mais dans le sens de la largeur du papier, sur un king-p’ien de grand format, avec de petits carac­tères réguliers siao-kiai, et assez espacés. Il y a des formules faites pour cela avec des noms spéciaux plus ou moins poétiques : ainsi, pour dire deux poulets, on écrirait té-kin se-i (oiseaux vertueux, quatre ailes). On les trouvera dans tcheou-che kin-nang, ing-tcheou hoei-siuen, et quelques ouvrages semblables. Je me contente de donner ci-dessous, à titre d’exemple, une des formules ordinaires [2]. Cette liste ainsi écrite doit être mise dans une boîte destinée à cet usage, nommée pai-t’ié hia (Pl. XXXIII). On y joint une carte de visite ; mais il n’est pas nécessaire d’ajouter le ts’iuen-kien t’ié. Si on veut faire un cadeau en argent, on le mettra aussi dans cette même boîte. On emploie trois domestiques pour envoyer ce cadeau ; l’un d’eux, porteur de la boîte aux cartes, est d’ordinaire un eul-yé, bien instruit de ce qu’il y a à faire dans ces circons­tances. Pour remplir dignement sa fonction, il convient qu’il prenne un chapeau de cérémonie. Arrivé chez celui à qui le cadeau est destiné, il remettra la boîte pai-t’ié hia au portier de la maison ; puis, en présence du maître ou de celui qui est chargé de recevoir le cadeau, il fera sortir des caisses les objets qu’on a apportés.


3. Pour recevoir un cadeau envoyé par un homme de consi­dération, la politesse demande que le maître vienne lui-même inspecter tous les objets présentés ; puis il se retire et charge quelqu’un des employés de la maison de prendre les objets de son choix. Si cepen­dant le cadeau venait d’un homme peu considérable ou d’une condition beaucoup moindre que celle du maître de la maison, celui-ci pourrait se dispenser de cette inspection et charger quelqu’un de recevoir les objets qu’il lui aurait désignés d’après la liste des cadeaux. En tout cas, il ne faut pas que le maître vienne lui-même prendre les objets choisis, en présence des envoyés du donateur.


4. Pour le nombre des objets à prendre, il y a plusieurs choses à considérer. Si le cadeau est envoyé par un subordonné, comme expression de respectueux hommage ou de reconnaissance, par exem­ple, quand les notables font des cadeaux aux sous-préfets et autres mandarins locaux : le supérieur peut recevoir le cadeau en entier. Quand un notable envoie un cadeau à un agent du service public, au ti-­pao par exemple, pour des services rendus ou à rendre, celui-ci le reçoit aussi tout entier. En dehors de ces cas, les cadeaux de politesse ne doivent point être reçus en entier ; mais quand le nombre des objets est  modéré, par exemple, de quatre ou de huit, on peut recevoir jusqu’à la moitié des objets offerts. Si le nombre était considérable, par exemple, vingt ou trente espèces, on ne prendrait qu’un tiers ou un quart seulement. Il y a certains objets que l’on reçoit presque toujours, comme par exemple, le pot de vin, le jambon ou la cuisse de porc frais, le vermicelle et le paquet de bougies (ces deux derniers objets s’offrent au jour anniversaire de la naissance) etc. Pour les objets laissés au choix du maître, celui-ci prendra de préférence ceux qui sont les plus communs et les moins coûteux ; à moins que des raisons spéciales, comme par exemple, la reconnaissance que témoignerait le donateur par ce présent, n’autorisent quelqu’un à choisir au contraire les objets plus précieux.



pilori

 

La prudence c’est aussi de la politesse

Chine : début 20ème


5. Quelquefois il arrivera que, pour obliger un ami à accepter tous les objets qui sont offerts, l’on enverra à son adresse, sans se servir des t’iao-siang ordinaires, des domestiques chargés de déposer les présents chez lui ; en ce cas, on ne saurait refuser ce qui est ainsi apporté.


Que l’on reçoive les cadeaux en entier ou en partie seu­lement, on doit écrire un sié-t’ié, de la même forme que le li-t’ié du donateur ; c’est à dire que l’on répond au ts’iuen‑kien t’ié, par un ts’iuen‑kien t’ié ; à un kou-kien t’ié, par un kou-kien t’ié ; et enfin à un simple li-tan, par un simple sié-p’ien. Les formules de ces remerciements sont différentes les unes des autres ; on peut les voir dans les ouvrages cités plus haut, et nous en donnons ci-dessous un exemple [3]. Sur ce même sié-p’ien, on indique en outre les deux sommes d’argent données aux envoyés du donateur, king-che, et li-kin, la première au porteur de la carte, la seconde aux porteurs des objets. Ces deux sommes, qui se donnent toujours ensemble, même si personne n’a été spécialement chargé de porter la carte, doivent être proportionnées au prix du cadeau envoyé, et non pas à celui de la partie qu’on a reçue. L’usage prescrit au moins un dixième du prix du cadeau, et, entre mandarins, on arrive jusqu’aux trois dixièmes. De cette somme totale, à moins qu’on ne l’inscrive sans aucune division, on destine ordinairement une plus grande partie au porteur de la carte king-che et une partie moindre aux autres gens de service li-kin ; ainsi, si l’on donnait en tout une somme de mille sapèques, on mettrait six cents sapèques pour king-che, et quatre cents seulement pour les porteurs du cadeau. Mais cela n’est qu’une pratique sans conséquence : car en réalité, cette somme totale, quelle qu’elle puisse être, doit être divisée entre tous les domestiques de la maison, puisqu’ils sont obligés tous, chacun à leur tour, de remplir ce service. Si cependant le porteur de la carte était un eul-yé dans le sens strict de ce mot, on devrait, au lieu de king-che, donner le tai-tch’a, qui est presque toujours en argent ; et cette petite gratification est destinée au seul eul-yé et ne sera pas partagée avec les autres domestiques.


7. Si on ne reçoit pas le cadeau en entier, on doit rendre le li-tan, après avoir noté par un rond les objets reçus ; et on le met dans le pai-t’ié hia sus-mentionné, avec le sié-t’ié et la carte de visite du donataire.


8. Si on voulait faire un cadeau moins considérable et sans solennité, on pourrait se contenter d’envoyer un domestique le porter avec une carte de visite, soit que l’on n’écrive rien sur cette carte, soit qu’on y fasse le détail des objets envoyés. Dans le premier cas, le destinataire peut tout retenir, et, pour remercier le donateur, il n’a qu’à donner sa carte de visite sans rien écrire dessus ; il ajoute une gratification au domestique porteur du cadeau. Dans le second cas, le donataire ne peut d’ordinaire recevoir qu’une partie du cadeau, et sur la carte de remercîment il doit écrire le caractère sié.



[1] Le vermicelle, par sa longueur, fait allusion à la longue vie que l’on désire et souhaite à son ami.

[2] Modèle de liste des objets pour célébrer l’anniversaire.

Avec respect, j’ai préparé :

Une paire de bougies.

Un rouleau de vermicelle.

Un jambon.

Une cruche d’eau-de-vie.

Deux coqs.

Deux carpes.

Un bol de graines de nénuphars.

Un paquet d’argent.

J’offre et fais monter jusqu’à vous.

[3] MODÈLES DE LETTRES DE REMERCIEMENT.

Si on refuse tout. Un tel, votre frère cadet, vous salue humblement ; refuse : remercie.

Si on reçoit une partie. Un tel, votre frère cadet, vous salue humblement, remercie.

Avec respect, il énumère plusieurs cadeaux qu’il refuse avec respect.

Si on reçoit tout. Un tel, votre frère cadet en religion, vous salue humblement ; reçoit ; remercie.

 

 


 

 

 


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