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Voici une série de photos datant de la fin du 19ème et du du début du 20ème siècle, la pluspart coloriées à la main selon la technique de l’époque .


Deux photos montrent des fumeries d’opium. Nous vous joignons en bas de page le texte de Victor Hugo, très en colère contre la France après le sac de Pékin et du Palais d’Eté en 1860 pendant la seconde guerrre de l’opium. Nous vous rapellons que la France et l’Angleterre voulaient contraindre la Chine (encore impériale) à s’ouvrir au commerce extérieur et notamment à laisser entrer l’opium (contre du thé et de la soie) qu’ils faisaient produire en Indochine . Cela faisait longtemps que les autorités chinoises essayaient d’endiguer ce fléau introduit en Chine par les portugais. Les Japonais, soumis à la même pression, réagirons beaucoup plus vite et ne laisseront pas les occidentaux (Etasuniens) semer la destruction chez eux: il feront volte-face avec une surprenante rapidité. L’histoire des guerres de l’opium est très instructive de la mécanique impérialiste (destructrive et sans scrupule) mais aussi sur l’échec innévitable de toute réaction obstiné de fermeture : l’exemple japonais est à ce sujet éclairant.


Sur le guerre de l’opium Wikipedia, encore une fois, est pas mal. Autre resources : http://www.monde-diplomatique.fr/2004/10/ROUX/11590, http://belleindochine.free.fr/Opium.htm

 

 

 

 

 

Le 17 octobre 1860 les troupes de l’alliance anglo-françaises qui avaient envahi Beijing et occupé l’arrondissement Haidian au nord-ouest 11 jours auparavant, commencent à piller puis à incendier le Palais Yuanmingyuan sous l’ordre de lord Earl of Elgin and Kincardine (James Bruce 1811-1863), commandant en chef des troupes anglaises en Chine. Pendant trois jours consécutifs, les soldats anglais et français mettent à sac tous les trésors de ce palais impérial dont l’architecture et les décorations combinaient les styles chinois et européen dans une volonté de syncrétisme des mondes orientaux et occidentaux. Un an plus tard, répondant au capitaine Butler qui avait fait l’éloge de cette opération, Victor Hugo s’insurgeait depuis son exil et avec sa verve habituelle contre les actes de gangstérisme des troupes anglo-françaises en Chine. Voici sa lettre :



AU CAPITAINE BUTLER

Hauteville-House, 25 novembre 1861


Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l’expédition de Chine. Vous trouvez cette expédition honorable et belle, et vous êtes assez bon pour attacher quelque prix à mon sentiment ; selon vous, l’expédition de Chine, faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l’empereur Napoléon, est une gloire à partager entre la France et l’Angleterre, et vous désirez savoir quelle est la quantité d’approbation que je crois pouvoir donner à cette victoire anglaise et française. Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici :


Il y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s’appelait le Palais d’Eté. L’art a deux principes, l’Idée, qui produit l’art européen, et la Chimère, qui produit l’art oriental. Le Palais d’Eté était à l’art chimérique ce que le Parthénon est à l’art idéal. Tout ce que peut enfanter l’imagination d’un peuple presque extra-humain était là. Ce n’était pas, comme le Parthénon, une oeuvre rare et unique ; c’était une sorte d’énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle. Imaginez on ne sait quelle construction inexprimable, quelque chose comme un édifice lunaire, et vous aurez le Palais d’Eté. Bâtissez un songe avec du marbre, du jade, du bronze, de la porcelaine, charpentez-le en bois de cèdre, couvrez-le de pierreries, drapez-le de soie, faites-le ici sanctuaire, là harem, là citadelle, mettez-y des dieux, mettez-y des monstres, vernissez-le, émaillez-le, dorez-le, fardez-le, faites construire par des architectes qui soient des poètes les milles et un rêves des milles et une nuits, ajoutez des jardins, des bassins, des jaillissements d’eau et d’écume, des cygnes, des ibis, des paons, supposez en un mot une sorte d’éblouissement caverne de la fantaisie humaine ayant une figure de temple et de palais, c’était là ce monument. Il avait fallu pour le créer, le long travail de deux générations. Cet édifice, qui avait l’énormité d’une ville, avait été bâti par les siècles, pour qui ? Pour les peuples. Car, ce que fait le temps appartient à l’homme. Les artistes, les poètes, les philosophes, connaissaient le Palais d’Eté ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les Pyramides en Egypte, le Colisée à Rome, Notre-Dame à Paris, le Palais d’Eté en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C’était une sorte d’effrayant chef-d’oeuvre inconnu entrevu au loin dans non ne sais quel crépuscule comme une silhouette de la civilisation d’Asie sur l’horizon de la civilisation d’Europe. Cette merveille a disparu.


Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’Eté. L’un a pillé, l’autre l’a incendié. La Victoire peut être une voleuse, à ce qu’il paraît. Une dévastation en grand du Palais d’Eté s’est faite de compte à demi entre les deux vainqueurs. On voit mêlé à tout cela le nom d’Elgin qui a la propriété fatale de rappeler le Parthénon. Ce qu’on avait fait au Parthénon, on l’a fait au Palais d’Eté, plus complètement et mieux de manière à ne rien laisser. Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n’égaleraient pas ce formidable et splendide musée de l’Orient. Il n’y avait pas seulement là des chefs-d’oeuvres d’art, il y avait un entassement d’orfèvreries. Grand exploit bonne aubaine. L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l’autre a empli ses coffres et l’on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l’histoire des deux bandits.


Nous Européens, nous sommes les civilisés et pour nous les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie. Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. Mais je proteste et je vous remercie de m’en donner l’occasion : les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, et les peuples jamais. L’empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il était aujourd’hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’Eté ? J’espère qu’un jour viendra où la France délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.


En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate.


Telle est, monsieur, la quantité d’approbation que je donne à l’expédition de Chine.


Victor Hugo (« Actes et paroles -II ‘Pendant l’exil’»)

 

 


 

 

 

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