Partagez !
Share On Facebook

Tai chi Chuan à Bruxelles /  texte


Tai chi Chuan Bruxelles / Zhuang Zi





« Maître Zhuang » portait le nom de famille de Zhuang et son nom personnel (son « prénom », qui en chinois se met après le nom de la famille) était Zhou….D’après les données contenues dans le Zhuangzi, c’était un homme marié, père de famille, pauvre, « vêtu de toile rapiécée et chaussé de loques » et qui, selon ses principes, aurait refusé un poste de ministre. À en croire un historien postérieur de deux siècles, dont le père était taoïste et qui devait avoir accès à des documents de l’école, Zhuang Zhou aurait vécu à l’époque d’un roi de Liang qui régna de 370 à 318 et il aurait occupé un poste d’employé dans un parc d’arbres à laque (ou est-ce un simple toponyme ?) relevant d’un petit État de la Chine centrale que se disputaient les principautés voisines….Confucius (Kongzi) et Lao Dan, l’auteur supposé du Laozi, sont mis en scène comme des Anciens. Le premier est généralement (mais pas toujours) tourné en bourrique ; le second est traité en figure plus ou moins mythique, et les paroles ou les doctrines qui lui sont prêtées ne concordent que rarement avec celles de notre recension actuelle du Laozi. Liezi (de son vrai nom Lie Yukou) apparaît aussi dans des contextes légendaires.Tai Chi chuan


Impossible de tirer du Zhuangzi un système ; la notion même de système serait un contresens. L’exposé des idées est rarement discursif ; il use de l’illustration concrète, souvent du mythe traité en procédé littéraire. Il y a aussi beaucoup d’éléments se rattachant à de vieilles croyances magico-religieuses, à des pratiques chamaniques, à des techniques psychophysiques favorisant la longue vie …tai chi chuan

L’ignorance où nous laisse le manque de toute exégèse ancienne ne porte pas seulement sur les allusions historiques ou mythiques, mais surtout sur les procédés d’association des idées, qui déroutent le lecteur moderne : il faut deviner, suppléer des maillons dans la chaîne du raisonnement, recourir à une intuition dont nous sommes mal armés. La notion centrale est celle du Dao, ce « chemin », cette Voie selon laquelle procèdent toutes choses, tous les « êtres » (wu) comme dit le Zhuangzi. Dans cet ouvrage, le Dao est élevé à la hauteur d’un absolu métaphysique, une manière de « Dieu » à la chinoise ; il est l’Un indifférencié (lire…), auquel se ramènent toutes les différenciations, les déterminations du monde empirique. Métaphysique centrée sur l’homme, comme le veut l’humanisme chinois : à l’homme de faire retour à l’Un absolu par-delà toute relativité, de conformer sa conduite à la spontanéité naturelle du Dao qui nous embrasse de toute part « sans qu’on le voie ».tai chi chuan

La première section du Zhuangzi, « Libres Errances », s’ouvre par un hymne à la liberté du taoïste parcourant à sa guise l’univers, tel le Phénix mythique qui, pareil au chamane dans ses randonnées extatiques, s’élève dans le ciel infini d’où il survole le monde, alors que la cigale – ou la caille, ou la tourterelle, selon des variantes -, lorsqu’elles prennent leur essor, vont se cogner contre l’arbre voisin ou s’abattre parmi les herbes, images de l’homme médiocre qui n’a que « petit savoir » et s’attache aux activités de ce bas monde, autrement dit du confucianiste. Le taoïste, lui, « embrasse les dix mille êtres en un tout unique », n’agit qu’« en ne faisant rien » et, « ne servant à rien, ne pâtit de rien ».tai chi chuan


La deuxième section, une des plus brillantes, s’intitule « Discussion sur la neutralisation des êtres »…. C’est une critique dissolvante de la dialectique des sophistes, si répandue en ce temps parmi les rhéteurs qui « erraient » eux aussi, mais ici-bas, à travers la Chine, pour y proposer leurs recettes politiques aux princes féodaux. Le principe même de la logique y est récusé avec toutes les ressources d’une logique exténuante qui démontre la vanité de toutes les opinions opposées, de toutes oppositions en général, notamment de celles sur lesquelles repose le langage. Les contraires se « neutralisent », se confondent dans le Dao ; le tiers n’est pas exclu. Le Dao ne se livre qu’à l’« illumination » mystique (ming), par-delà logique et langage ; il y a dans le Zhuangzi une forte veine mystique (la deuxième section s’ouvre par une scène d’extase). Le vrai et le faux, le oui et le non, le beau et le vrai, la vie et la mort, tout cela se vaut du point de vue du Dao. Les conventions de la morale confucianiste sont tournées en dérision : un bandit fait l’apologie du vol devant Confucius médusé (XXIX), une section (X) est intitulée « Piller les coffres » ; les voleurs ont leur Dao, leur code à eux qui vaut bien celui des « rois combattants » âpres à se spolier les uns les autres.tai chi chuan


La trente-troisième et dernière section du Zhuangzi, qui forme une sorte d’appendice ou postface, est intitulée « Le Monde » (Tianxia, « sous le ciel », expression désignant l’ensemble du monde chinois) d’après les premiers mots du texte. C’est un précieux tableau des écoles philosophiques qui fleurissaient en Chine à la fin de l’Antiquité ; Zhuang Zhou n’y figure que vers la fin et y fait l’objet de certaines critiques comme les autres écoles….tai chi chuan


Extrait de Paul Demiévile



 


Imprimer Imprimer Email This Post Email This Post

Autres cours au Dojo

Articles & Textes