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Joan Fontaine et Louis Jourdan dans « Letrre d’une inconue » de Max Ophüls…

 

 

 

Nouvel extrait de « LA CHINE FAMILIÈRE ET GALANTE » par Jules ARÈNE (1850-1903) édité par G. Charpentier et Cie, éditeurs, Paris, 1883 (2e édition). IV+IV+290 pages, première édition 1876.

 

C’est une extrait charmant et même touchant. D’où vient ce texte ?, de l’auteur lui-même sans doute, auquel, après 12 ans passé en Chine , « il a été naturellement permis d’entrer dans la vérité de cette civilisation qui de loin nous apparaît enfantinement comique, penchée sur des albums de papier de riz et croquant des graines de pastèques », comme le dit malicieusement la préface. Au reste ce dont il s’agit, c’est de l’amour et, entre autre, d’entrer « deux par deux sous la moustiquaire de soie ». Là où l’on succombe, assurément 

 

 

SHIANG TOUO TCHING ( Pensers d’amour)

  

Celui à qui je pense sans cesse est venu aujourd’hui. Sur mes sourcils, dans mes yeux, on lit mon bonheur. Quand il est entré, je lui ai demandé de ses nouvelles, j’ai épousseté la poussière de ses habits, de son chapeau. J’ai ordonné à la vieille servante d’apporter un linge pour la figure. Mon bonheur est complet.

 

Je te revois aujourd’hui ! c’est aujourd’hui, c’est aujourd’hui ! Je suis comme si j’avais pris une médecine qui rend le cœur joyeux. A cause de toi j’étais tombée malade. Je désirais te voir, je désirais ta venue. Tu arrives, et je suis guérie.

 

Écoute : les pies n’ont fait que jacasser tcha ! tcha ! c’est extraordinaire ! elles jacassaient tcha ! tcha ! elles jacassaient tcha ! tcha ! Hier au soir la lampe a crépité, les feuilles de thé flottaient perpendiculairement dans la tasse. (1)

 

A ta vue je ris, je parle, je ris. J’ai jeté au loin ma maladie. Je dis à la jeune servante d’apporter des chaises et une table. Sur ma poitrine je tiens une guitare et je chante d’abord une chanson pran touo tching exprimant le désir amoureux ; puis on joue au jeu des doigts et aux devinettes.

 

On joue, on rit, on chante. La voix monte, puis s’adoucit. On s’amuse, on s’amuse. Tout à coup la passion se fait jour. Deux par deux on entre sous la moustiquaire en soie…

 

Le vent d’est secoue l’arbre de jade. Je ne veux ni me séparer ni m’éloigner de toi ; ce n’est pas une feinte de ma part, je ne veux ni m’éloigner ni me séparer de toi. Je suis comme si j’avais avalé la poudre qui ensorcelle. Je te le dis, et tu ne le crois pas. Veux-tu que je m’arrache le cœur et que je te le montre ? Un conseil que je te donne : ne t’amuse pas en route, ne te laisse pas séduire par les charmes des autres femmes.

 

Que de remontrances quand l’amant s’en va ! et si c’est pour longtemps, quelle tristesse et que d’amoureuses recommandations !

 

Tai chi Bruxelles / Chine  ancienne / 243

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je te remplis à moitié une tasse de vin. Je te conseille même d’en boire quelques tasses, homme que je déteste. Quand tu seras gris, ma main tenant la tienne, je t’entraînerai dans la chambre parfumée. Demain tu partiras : à qui confierai-je alors mes chagrins ? Ne t’attache pas à une autre résidence au point de ne plus vouloir revenir. Nous nous sommes rencontrés il y a quelques jours à peine, et l’instant de notre séparation est devant nos yeux. A peine unis, nous nous quittons ; il nous reste cependant beaucoup de choses à nous dire.

 

Nous ressemblons au cerf-volant dont le fil a cassé. Tu es un voyageur ai ai ya ! Tu es un homme précieux ai ai ya ! En bateau, à cheval, sois prudent. Le soir ne t’accroupis pas sur l’avant du bateau. Tu es un homme plein de lumières ai ai ya ! intelligent ai ai ya ! le premier par les lumières et l’intelligence. Toi parti, personne ne saura me comprendre ai ai ya ! Un conseil : ne cueille pas les fleurs fraîches sur le bord de la route. Semblable à la fleur haï tang (Pyrus japonica) qui va s’épanouir, je t’attends ici. 

 

J’apprends que tu vas partir, et mon âme s’envole. Un mouchoir de soie à la main, je pleure mon précieux amant. Je te souhaite un vent favorable et un voyage rapide. Quand tu seras chez toi, je t’en prie mille fois, dix mille fois, écris-moi.

 

Nous nous connaissons depuis quelques jours à peine ai ai ya ! et l’instant de la séparation est devant nos yeux. A peine unis, nous nous quittons.

 

J’ai un mot à te dire : ai ai ya ! Tu t’en vas ; j’ignore le jour où nous nous reverrons. Tu es un voyageur ai ai ya ! tu es un homme précieux ai ai ya ! En bateau, à cheval, sois prudent ai ai ya ! Le soir ne t’endors pas sur l’avant du bateau ai ai ya ! Tu es un homme intelligent ai ai ya ! tu es un homme fin ai ai ya ! intelligent, fin, le premier par l’intelligence ai ai ya !

 

Quand tu ne seras plus là, personne ne comprendra mon cœur. Un conseil : ne cueille pas de fleurs fraîches sur ton chemin. Je suis comme la fleur haï tang, qui attend pour s’épanouir.

  

Commentaires

 

 (1) Les pies qui jacassent, la lampe qui crépite, les feuilles de thé qui flottent perpendiculairement, etc., sont regardées par les Chinois comme autant d’heureux présages.  On a en Chine deux manières d’offrir le thé : en le versant d’une même théière, comme en France, et plus souvent en servant à chaque convive une petite tasse à couvercle avec une  pincée de thé en train d’infuser.

 

 

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