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Tai Chi Chuan Qi Gong Bruxelles Brussels / un repas chinois

 

 

Tai Chi Chuan Bruxelles / Dinner_Party_at_a_Mandarin's_House

 

Dinner party at a Mandarin’s house by Thomas Allom (1804 1872)

 

 

Extrait de

Les Chinois pendant une période de 4458 années

Histoire, gouvernement, sciences, arts, commerce, industrie, navigation, mœurs et usages (p.227-230)

par Hippolyte DE CHAVANNES DE LA GIRAUDIÈRE (18xx-19xx),

Ad. Mame, imprimeurs-libraires, Tours, 1854, 380 pages + 4 illustrations.

 

 

Pour donner à nos lecteurs une idée complète d’un repas chinois, nous transcrivons quelques pages où le capitaine La Place, de la marine française, rend compte d’un gala que lui offrirent de riches négociants de Canton :

 

 

Le premier service était contenu dans un grand nombre de saucières en porcelaine peinte, et consistait en divers hors-d’œuvre froids, tels que des vers de terre salés, préparés et fumés, mais si bien hachés, que je ne sus ce que c’était qu’après les avoir mangés ; du poisson également salé ou fumé, et du jambon coupé par tranches excessivement minces. On servit ensuite ce qu’ils appellent du cuir japonais ; c’est une espèce de peau foncée, assez dure, qui a un goût fort peu agréable. On eût dit qu’on l’avait macérée dans de l’eau quelque temps.

 

Tous ces aliments et bien d’autres, parmi lesquels je reconnus la liqueur nommée soy, tirée de fèves du Japon, et adoptée depuis longtemps par les gourmets d’Europe pour ranimer leur appétit blasé, étaient employés comme assaisonnement dans un grand nombre d’étuvées qui se suivaient sans interruption. Tous les mets en général nageaient dans les sauces. D’un côté figuraient des œufs de pigeon, cuits au jus ; puis des canards et des poulets, coupés par petites tranches et arrosés d’une sauce noirâtre ; de l’autre, de petites boulettes faites de nageoires de requin, des œufs cuits au feu, dont l’odeur et le goût nous révoltèrent ; enfin d’énormes grubes (poissons de mer d’une espèce particulière), des crabes et des crevettes pilées.

 

Assis à la droite de notre excellent amphitryon, j’étais l’objet de toutes ses prévenances : je ne m’en trouvais pas moins fort embarrassé de savoir comment me servir des baguettes d’ivoire qui, avec un couteau à lame longue, mince et étroite, formaient tous mes ustensiles gastronomiques. J’éprouvais une grande difficulté à saisir ma proie au milieu de ces bols remplis de jus. Enfin j’essayai de tenir mes bâtonnets entre le pouce et les deux doigts de la main droite, à l’instar de mon hôte ; les maudites baguettes manquaient leur coup à tout moment, et me laissaient désespéré vis-à-vis du morceau dont je convoitais la possession. Il est bien vrai que le maître de la maison, touché de mon inexpérience, qui cependant l’amusait infiniment, daigna me secourir en jetant dans mon plat ses deux instruments, dont les deux bouts venaient d’être en rapport avec une bouche que les infirmités de la vieillesse et l’usage constant du tabac à fumer et à chiquer ne rendaient rien moins qu’attrayante ; mais je me serais très volontiers passé d’un pareil secours, car mon estomac avait assez à faire de lutter contre les ragoûts qui lui étaient imposés, et dont j’avais été contraint de manger nolens volens.

 

Après d’héroïques efforts, je parvins à me rendre maître d’une soupe préparée avec ces fameux nids d’oiseaux qui font la gloire épicurienne des Chinois. La substance ainsi préparée est réduite en filaments très minces, transparents comme de la colle de poisson, ressemblant à du vermicelle, mais dépourvus de goût. J’étais fort inquiet de savoir comment nous pourrions, avec nos misérables bâtonnets, venir à bout de goûter des diverses soupes qui étaient placées devant nous ; je commençais à me rappeler la fable du Renard et de la Cigogne, quand mes deux voisins chinois, plongeant dans les bols avec la petite saucière placée à côté de chaque convive, nous tirèrent de ce pénible embarras.

 

Pour les jeunes convives, toutes ces choses si nouvelles furent un ample canevas à plaisanteries qui parurent réjouir le digne marchand hong et son frère, bien que ni l’un ni l’autre n’en comprissent un mot. Pendant ce temps le vin faisait le tour de la table, et les toasts se succédaient rapidement. Ce vin, que l’on boit toujours chaud, se rapproche assez du madère pour la couleur et le goût, mais il ne porte nullement à la tête. Nous le prîmes dans de petites tasses dorées, qui avaient la forme d’un vase antique à deux anses, d’un travail parfait. Les serviteurs, qui se tenaient debout, avec de grands ustensiles d’argent semblables à des cafetières, avaient soin de nous les remplir constamment. La manière de faire raison ressemble un peu à celle des Anglais. La personne qui désire témoigner cette politesse à un ou plusieurs convives les en avertit par un domestique, puis, prenant la tasse pleine à deux mains, elle l’élève au niveau de sa bouche, et la vide après avoir fait un signe de tête fort comique ; elle attend ensuite que son partenaire ait fini ; elle répète alors son signe de tête, et tient la coupe abaissée pour montrer qu’elle est entièrement vide.

 

Après toutes ces bonnes choses, servies coup sur coup, et dont je vis la dernière avec bonheur, arriva le second service. Il fut précédé d’une petite cérémonie probablement pour mettre à l’épreuve l’appétit des convives. Sur le bord de quatre bols arrangés en carré on plaça trois autres bols remplis d’étuvées, et qu’on surmonta d’un huitième, de manière à former une pyramide. La coutume veut que l’on ne touche à aucun de ces mets, bien que l’amphitryon ne manque pas de vous y inviter. Sur le refus de l’assemblée, on enleva les huit bols, et l’on couvrit aussitôt la table de pâtisseries et de sucreries. On plaça dans le milieu une salade composée des filaments les plus tendres du bambou, et quelques préparations à l’eau qui exhalaient une odeur fort désagréable.

 

Les hauts goûts, qui avaient été le seul assaisonnement de tous les mets dont j’ai parlé, le furent aussi des bols de riz que les domestiques placèrent alors pour la première fois devant chacun de nous. Je regardais avec un certain embarras mes deux petits bâtonnets ; car, malgré l’expérience que j’avais acquise depuis le commencement du repas, il me semblait très douteux de pouvoir prendre le riz grain par grain. J’attendais que mon hôte en mangeât, pour l’imiter : il joignit les deux bouts de ses bâtonnets, en prit adroitement une assez grande quantité, et les jeta dans sa bouche, qu’il tenait ouverte autant qu’il lui était possible.

 

Le second service dura moins longtemps. Les domestiques couvrirent la table de paniers de fleurs, de bonbons et de gâteaux de diverses formes. A côté du plantin jaune, on voyait les li-tchi, dont la pellicule forte et cramoisie protège une espèce de noyau enveloppé d’une pulpe blanche, et qui est supérieure pour le goût à la plupart des fruits des tropiques. Le li-tchi croît dans les provinces maritimes ; lorsqu’il est nouvellement cueilli, il offre aux habitants une nourriture aussi saine que délicieuse en été ; et quand il est séché, c’est une excellente provision pour l’hiver. A ces fruits des climats chauds étaient mêlés ceux de la zone tempérée, tels que des noisettes, des châtaignes (petites et inférieures à celles de France), des pommes, des raisins et des poires de Péking, qui, agréables à la vue, n’avaient que le goût des fruits sauvages.

 

La conversation, interrompue fréquemment dans le commencement du repas pour faire raison aux toasts de notre hôte, devint alors animée, générale, et même assez bruyante, au grand étonnement des Chinois qui étaient devant nous ; mon voisin surtout, peu accoutumé à une joie aussi expansive, était tout à fait ravi, et témoignait sa satisfaction par de gros éclats de rire, auxquels se joignait incessamment le bruit sonore de son estomac quelque peu surchargé. Selon les usages reçus parmi les Chinois, j’aurais dû suivre cet exemple pour prouver que mon appétit avait été amplement satisfait, mais je ne pus m’y résoudre, malgré tout le désir que j’avais de contenter notre excellent amphitryon. Cette coutume, qui en France paraîtrait plus que singulière, n’était point nouvelle pour moi, car je l’avais déjà remarquée dans les meilleures sociétés de Manille. Devais-je être surpris de trouver les Chinois si peu délicats dans leurs us gastronomiques, quand nos proches voisins les Espagnols ne sont point encore défaits de ce dernier reste de grossièreté des temps anciens.

 

Après cela nous passâmes dans une autre chambre pour prendre le thé, commencement et conclusion indispensables de toutes les visites et de toutes les cérémonies chinoises. Les domestiques nous le présentèrent dans des tasses en porcelaine, à couvercles, pour empêcher l’arôme de s’évaporer ; on avait jeté de l’eau bouillante sur les quelques feuilles contenues au fond de chaque tasse, et l’infusion à laquelle on n’avait point ajouté de sucre, selon l’usage du pays, exhalait une odeur délicieuse et suave, dont les meilleurs thés importés en Europe ne peuvent donner aucune idée.

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